Les Masques du théâtre

Les Masques

 

 

Les masques sont, pour tous, liés à la commedia dell'Arte, mais avant tout au festival de Venise, en Italie. Ils sont d'ailleurs unis dans l'histoire. Les masques étaient utilisés à Venise une grande partie de l'année, et pas seulement lors du carnaval.

 

 

Le Carnaval de Venise et ses masques :

 

La première loi, qui réglementait l'utilisation des masques, date du 13ème siècle, mais personne ne sait exactement quand les Vénitiens ont commencé effectivement à les porter dans la vie quotidienne. Nous savons, par contre que tout se termina avec la chute de la République de Venise, à la fin du 18ème siècle. Jusqu'alors, la loi permettait de porter le masque presque toute l'année, du 5 octobre au 10 juin. Une petite période d'interdiction des masques existait : les 10 jours de l'Avent et des 30 jours du Carême.

 

Le carnaval vénitien commençait le 26 décembre et finissait le mardi gras : il durait pas conséquent plus de deux mois. C'était le plus époustouflant du monde, mais, chose la plus surprenante pour nous aujourd'hui, cela représentait une petite partie du temps où l'on était autorisé à se masquer.

 

On peut se demander pourquoi les vénitiens avaient besoin de cacher leur visage pour s'amuser ? Pour trouver une réponse, il faut se rappeler que la république de Venise était une république aristocratique. Une forme de démocratie y était bien en vigueur, mais uniquement à l'intérieur de la noblesse. Le peuple n'avait aucun pouvoir. Les quartiers étaient très strictement découpés et les habitants de Venise étaient fortement surveillés. Il existait cependant des liens forts entre le peuple et la noblesse. Les Vénitiens étaient, pour la plupart, des commerçants, des aventuriers à la merci de pirates, de tempêtes, des guerres. Ces gens, même lorsqu'ils restaient en ville, à Venise, ne pouvaient vivre l'esprit tranquille. Tous s‘inquiétaient pour leurs fortunes engagées sur les bateaux de commerce. L'Aventure était donc leur façon de vivre. Le Carnaval et le masque représentent alors le renversement des règles, la liberté d'action, un bain dans l‘insouciance grâce à l‘anonymat du masque.

 

 

Les Premiers masques vénitien « BAUTTA » et « VOLTO » ou la vie incognito.

 

La Bautta servait à se protéger, se dissimuler parfaitement. Le porteur de masque cachait son identité d'homme ou de femme et laissait une grande liberté de mouvement. Un capuchon couvrait la tête jusqu'aux épaules, tout en laissant le visage libre. Ce capuchon était en général en soie, garni d'une dentelle. Il descendait jusqu'à la taille. La partie libre du visage était cachée à son tour par le « volto » ou « Larva ».

 

 

Tableau représentant le masque Bautta

De Pietro Longhi

Colloquio tra Bautte

Venezia, Musea Ca'Rezzonico

 

 

La forme de ce masque permettait également de manger et de boire sans l'enlever. Volto et Bautta étaient maintenus par le chapeau, généralement en forme de tricorne que l'on n'enlevait jamais. Les hommes et les femmes déguisés étaient salués par tout le monde, sans aucune distinction, avec le titre de « signora maschera ». Ce titre, en italien, est d'ailleurs valable pour les hommes et pour les femmes. Ce déguisement était tellement courant qu'on l'appelait « habit d'usage », c'est-à-dire habituel. Avec le temps, il est devenu l'uniforme de la noblesse vénitienne.

 

Il existait aussi un autre masque célèbre à Venise, mais cette fois-ci, il était accompagné d'un pouvoir particulier : la séduction.

 

 

La MORETTA ou Muta : le masque comme attraction érotique.

 

La Moretta est réservée aux femmes. Ce masque ne sert pas à cacher complètement l'identité, comme la Bautta ou le Volto, mais représente un puissant jeu d'attraction érotique.

 

Les femmes vénitiennes n'étaient pas très pudiques et ne dissimulaient pas leurs corps. Le décolleté « à la Vénitienne », surtout au 16ème siècle, était célèbre dans toute l'Europe. Il était carré, très bas, et mettait bien en vue les seins des dames, voilés par un tissu très léger. Les femmes se rendaient mystérieuses en cachant à la vue ce qui laisse généralement apparaître les sentiments et les émotions : les yeux et la bouche. Voilà donc le but de la « Moretta ».

 

Ce masque, petit, ovale, revêtu de velours noir, ne couvrait en fait que cette partie du visage. Le masque de la Moretta se portait collé au visage et à l'intérieur était caché un bouton que l'on tenait serré entre les dents. C'est pour cette raison que la dame muette (d'où le nom du masque), était pour cela encore plus séduisante pour les hommes, et demeurait insondable jusqu'au moment où elle décidait de répondre aux avances d'un homme. Elle lui offrait, en plus de sa conversation, la vue de son propre visage.

 

 

Il existait aussi d'autres masques moins célèbres : La Gnaga, utilisé principalement pour la prostitution puis le Mattaccino. Ce dernier masque était utilisé pour faire des choses un peu folles (en italien, matto désigne le fou). Les porteurs de ce masque avaient un costume très coloré et bombardaient les passants avec des œufs parfumés.

 

Si les masques de Mattaccino ont disparu, ces porteurs du masque sont restés : On les retrouve comme « fou du roi » dans toutes les cours, toujours avec les costumes colorés.

 

 

 

 

 

Les masques et le théâtre

 

 

Venise était une république alors que des royaumes régnaient dans toute l'Europe. Venise était donc libre et sa puissance économique lui a donné une force de penser que les royaumes, soumis à la censure, ne possédaient peut être pas toujours.

 

La commedia dell'Arte s'est donc naturellement inspirée de cet esprit de liberté pour inventer des personnages masqués.

 

 

Pantalone

 

C'est le masque vénitien le plus authentique : le vieux marchand avare, calculateur, méfiant, mais également ingénument confiant et une bonne âme. Il tombe toujours amoureux d'une très jeune fille et devient le rival de son propre fils. Cela créé des discours, des bagarres, dont il sort toujours perdant.

 

 

Le Capitaine

 

C'est la caricature du guerrier vaniteux. Il se veut un cruel tueur, dominateur de l'univers, fils du tremblement de terre et de l'éclair, parent de la mort... c'est de cette façon qu'il se présente, mais il est en réalité un champion de la lâcheté et son épée, qu'il n'utilise jamais, est couverte d'une toile d'araignée.

 

 

Le Docteur

 

Ce personnage arrive de la fameuse université de Bologne. Il est juriste, parfois médecin. C'est la caricature du faux érudit, stupide, maladroit et imbu de sa personne. Il est lourd et cupide. Son masque couvre seulement le front et le nez.

 

 

Le Zanni

 

C'est un personnage issu d'un passé lointain. Il est né au cours de rite primordiaux. Il représente les divinités souterraines, les démons et de façon générale, les forces dangereuses et menaçantes de la nature. Il arrive dans la commedia dell'arte sous les traits d'un personnage licencieux, vulgaire, d'un bestial paysan. Il donnera sur les tréteaux de la commedia l'Arlequin, Brighella, Polichinelle. Dans certaines pièces, il conserve le nom de Zanni, figurant le pauvre serviteur idiot et affamé.

 

 

Arlequin

 

Il naît, au départ, comme un serviteur stupide et grossier, mais se transforme au fil du temps en un personnage raffiné et fin. Il est le confident préféré de son jeune maître. Il est toujours en opposition avec le vieux Pantalone, le capitaine ou le Docteur. Il est tantôt chien, chat, ou singe. Il conserve son habit multicolore de miséreux. Il est, en fait, un démon.

 

 

Polichinelle

 

C'est au début un personnage stupide, mais il évolue vers un personnage très élaboré. Il est diabolique, laid et bossu mais il est aussi romantique, amoureux, souvent fin, subtil et plein de bon sens. Il est très fainéant et affamé. Son esprit est sa seule arme, malheureusement.

 

 

Brighella

 

C'est le serviteur le plus raffiné. Il est pourtant aussi avide, rusé et sans scrupule que les autres serviteurs mais lui n'a plus aussi faim. Il est sur la voie de la réussite sociale, mais reste diaboliquement drôle.

 

 

La Sorcière

 

C'est le seul personnage ouvertement féminin masqué. C'est un personnage diabolique dont la face est semblable au visage d'une chouette. Elle est doté de pouvoirs magiques et inspire la peur et le mépris des autres personnages. Elle vend ses services au plus offrant mais n'a pas de morale. Elle fait partie du théâtre de la commedia mais ne survivra pas au scandale des poisons en Europe.

 

 

 



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